Roland Montagne, Idate: "La fusion Neuf Telecom/Cegetel réduit le nombre de fournisseurs au niveau du marché de gros"
Le nouvel opérateur Neuf Cegetel devient numéro trois sur le marché de l’ADSL avec 850.000 abonnés. Une envergure indispensable pour concurrencer la stratégie de convergence de France Télécom. Mais pas suffisante, estime l'expert Roland Montagne.
Alors que les détails de la fusion entre Cegetel et Neuf Télécom viennent d'être dévoilés, Roland Montagne, responsable du pôle haut débit à l’Idate (Institut de l’audiovisuel et des télécoms en Europe), décrypte les premières conséquences d’une telle opération sur le secteur français des opérateurs télécoms.
ZDNet.fr: Quels sont les atouts de la nouvelle entité face à France Télécom ou Free?
Roland Montagne: Cette fusion consolide le marché en créant un troisième gros acteur sur le secteur, avec au total quelque 850.000 abonnés, derrière Wanadoo et Free qui vient de dépasser la barre du million de clients ADSL. Cela va permettre au groupe d’avoir un parc de clients bien plus important qu’auparavant. Avec le développement de nouveaux services comme la télévision par ADSL et la VOD (vidéo à la demande), il vaut mieux présenter le parc d’abonnés le plus important possible si l’on veut être en mesure de négocier des partenariats intéressants. En particulier avec les studios de cinéma, mais cela vaut aussi pour les bouquets satellitaires comme TPS ou Canalsat, et même pour les sociétés d'e-commerce.
Comment Neuf Télécom et Cegetel pourront-ils contrer la stratégie d’opérateur intégré de France Télécom, qui mise à la fois sur ses réseaux fixe, ADSL et mobile?
La convergence entre le fixe et le mobile est déjà en marche. La télévision sur ADSL est lancée et bientôt on aura également des offres de télévision sur mobiles, notamment grâce au DVB-H. On pourra alors regarder, par exemple, le début d’un match de football sur son téléphone, puis dès qu’on arrive chez soi voir la fin sur sa télévision. C’est donc un avantage indéniable d’avoir un réseau convergent, comme France Télécom.
Les autres acteurs devront peut-être passer par un MVNO (Mobile Virtual Network Operateur) pour répondre à ces offres. Il y a aussi le Wi-Fi, utilisé pour pouvoir faire de la VoIP, mais là encore ce sont les opérateurs de téléphonie mobile qui ont l’avantage sur les "hot spots".
Avec les différentes restructurations et rachats des derniers mois, faut-il comprendre qu’un fournisseur d’accès ADSL qui ne dispose pas de son propre réseau n’a plus aucune chance d’être compétitif?
Aujourd’hui face à la montée des débits et des services, la meilleure équation économique reste le dégroupage. C’est la solution la plus adéquate et cela permet aux acteurs qui possèdent un réseau d’être les plus compétitifs pour le "triple play". On le voit avec le rachat de Tiscali par l’opérateur historique Télécom Italia ou encore avec T-Online, qui a choisi d’investir dans un réseau en France via Club Internet.
De plus, cette fusion réduit le nombre de fournisseurs au niveau du marché de gros, puisque Free dégroupe, mais uniquement pour son propre compte. Ce sera donc le travail de l’Autorité de régulation des télécoms (ART) de garantir que les FAI qui ne possèdent pas de réseaux puissent néanmoins rester compétitifs. La tâche du régulateur prendra tout son sens dans un marché qui se resserre.
Dans ce contexte, comment se positionnent les câblo-opérateurs?
Il s’agit d’une année cruciale pour les acteurs du câble, qui vont devoir organiser leurs équipes et leurs réseaux pour être en mesure de concurrencer l’ADSL. Il y a en France désormais deux réseaux principaux qui ont un poids important (Noos-UPC et la nouvelle entité entre France Télécom Câble et NC Numéricâble, Ndlr). Il est toujours intéressant d’avoir une concurrence entre les deux technologies, le DSL et le câble. On a vu dans certains pays d’Europe du Nord que cela entraînait une hausse des débits et une baisse des tarifs. Pour les câblo-opérateurs, la démarche est inverse par rapport aux opérateurs télécoms: ils sont partis de la télévision, c’est leur point fort, et ils doivent désormais développer la téléphonie.
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