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La Tribune de Thomas Husson, Forrester : Les opérateurs télécoms ne devraient pas être obsédés par le "syndrome du tuyau"

Tribune - Les responsables marketing et stratégie produit ont tendance à ignorer le rôle des opérateurs télécoms dans les services d’innovation, préférant se concentrer sur les forces « disruptives » du marché comme Google et Apple. Il est vrai que les nouveaux entrants comme les grands acteurs OTT (Over-The-Top) ont contourné les opérateurs, les réduisant jour après jour à de simples tuyaux.

Les responsables de l’innovation produit au sein des opérateurs télécoms souffrent de ce que Forrester appelle le “syndrome du tuyau”. Didier Lombard, l’ancien PDG de France Telecom, le résuma très bien, lorsqu’il déclara en 2007 : «  Je ne construis pas des autoroutes pour les voitures californiennes. »

Depuis, beaucoup d’observateurs prétendent que les opérateurs télécoms vont mourir, s’ils ne réinventent pas leur modèle économique. C’est pour le moins exagéré!.

Il est vrai que les offres des opérateurs télécoms sont en train de devenir des produits de base – au même titre que les offres des compagnies d’eau ou d’électricité. …Mais, il n’y a pas de honte à monétiser  son réseau pour faire du profit – c’est la base même du business des opérateurs pour quelques années encore. Resté connecté semble être un service de valeur – surtout si les responsables produits regagnent une plus grande flexibilité tarifaire et proposent davantage d’offres segmentées, développées en interne ou avec l’aide de partenaires stratégiques.

Atouts

Lorsque l’on parle d’innovation produit, les opérateurs ont de nombreux atouts en main, – et particulièrement leur capacité à facturer –pour devenir des partenaires de confiance pour les consommateurs et les tiers. Certains opérateurs comme Orange, Vodafone ou Telefonica sont très présents dans les pays émergeants, qui auront à l’avenir plus d’emprise sur l’élaboration des services que le monde consommera.

Pensez aux services comme le paiement mobile, les services de santé mobiles ou ceux de l’éducation… Il y a déjà d’incroyables opportunités à saisir dans les pays émergeants, surtout si vous regardez la croissance du taux de pénétration mobile dans ces pays. Pour vous donnez un exemple, Bouygues Telecom a mis à peu près 14 ans pour avoir 10 millions d’abonnés en France, alors qu’en 2010, l’Inde a connu certains mois avec 20 millions de nouveaux abonnés en un mois seulement !

Les responsables produits chez les opérateurs disposent des moyens pour continuer à différencier leurs offres et à innover dans un écosystème télécom en plein bouleversement. Je ne dis pas que cela n’est pas un vrai défi  ni qu'il est difficile à relever, mais, voici quelques approches qui pourraient fonctionner :

•    Monétiser les tuyaux en demandant un supplément pour la gestion des appareils connectés et l’accès aux réseaux. Les opérateurs peuvent jouer un rôle clé en proposant un accès unique pour les différents types d’appareils connectés (smartphones, tablettes, pc portables….), via les multiples réseaux (3G, LTE, Wi-fi, fibre optique…) Les opérateurs commencent à fournir une expérience client de meilleure qualité, à ceux qui acceptent de payer un supplément.

•    Ajouter de l’intelligence aux réseaux pour proposer des services plus personnalisés. Les opérateurs pourraient proposer leurs capacités de facturation, essentielles pour influencer  l’achat pour des acteurs sans lien direct avec le consommateur, ou dans des pays sans infrastructure bancaire et de paiement classique. Les opérateurs pourraient également augmenter la valeur de leurs services, qu’ils ou que leurs partenaires développent en ajoutant la connaissance client, la géo-localisation ou la notion de présence, en plus de la connectivité réseau.

Ces atouts ne sont pas l’apanage des seuls opérateurs, mais l’aptitude à laisser à des tiers aggréger ces différents éléments pourrait être un facteur de différenciation, pour des services plus contextuels.

•    Offrir plus qu’une simple plateforme ouverte. Admettons-le : les opérateurs ne sont pas les acteurs les plus agiles, lorsqu’il s’agit de travailler avec la communauté des développeurs. Depuis des années, nombreux sont ceux qui ont lancé des programmes développeurs pour favoriser l’innovation et réduire la mise sur le marché de services, sans grand succès.

Pour être capable de se différencier, les opérateurs doivent proposer plus que des outils technologiques comme les API ou des kits de logiciels de développement (SDK). Ils devraient proposer des outils marketing (analytics, données anonymisées, reporting…) et offrir de nouveaux modèles économiques, basés sur le partage de revenus avec les développeurs plutôt que les faire payer lorsqu’ils combinent  différents APIs. Dans ce contexte, l’approche Blue NVia de Telefonica avec les développeurs est exemplaire.

•    Instaurer la confiance, un avantage compétitif. Notre téléphone mobile est l’appareil le plus personnel que nous utilisons. Nous y stockons des conversations intimes, partageons notre localisation sur Twitter ou Facebook et accédons à nos services bancaires grâce à ce nouveau compagnon digital. De plus en plus, les consommateurs vont vouloir protéger leur vie privée, leur identité et leur sécurité.

Parce que les opérateurs disposent de marques fortes et d’une relation directe avec le consommateur via la facturation, ils pourraient être mieux positionnés que les OTT, dont le modèle économique, le plus souvent repose sur les revenus de la publicité. Ainsi les opérateurs télécom peuvent-ils devenir un tiers de confiance, pont entre les consommateurs et les marques.

Thomas Husson est analyste au sein du cabinet d'études et de conseil Forrester Research, il contribue au blog Consumer Product Strategy Professionals. Ce billet a été reproduit avec l'autorisation de Forrester Research.

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RéagissezRéagissez - 1 commentaire

  • Article très pertinent, je partage les arguments de cet article, jJe me permets d’ajouter quelques commentaires :



    - il y a une politique industrielle à développer voire anticiper si on veut créer de la richesse nationale et non augmenter la dette, préalable à tout développement volontariste. Quelle politique industrielle sur la filière cinématographie, voire des équipements réseaux, a été mise en place avant la politique volontariste de déploiement du FTTH ? Si on fait un rapide bilan du passé, l’ouverture du secteur à la concurrence était utile et il faut aller au bout de la logique (plutôt que rester au milieu du gué à préserver les parts de marchés des opérateurs), mais force est de constater que les entreprises télécom qui étaient le fleuron de la France ont quasiment disparues, dommage qu’il n’y ait pas eu d’accompagnement, car cette composante négative altère le bilan global et coûte cher en emplois et déficit. Les évolutions en cours seraient de même à évaluer de façon globale.



    - dire que les opérateurs vont mourir revient à dire (mais on n’en n’est pas loin) que les agriculteurs ne sont plus rentables et il faut les supprimer. Sans aller jusque là, le risque est de rogner les marges qui permettent de continuer à développer les réseaux sans cesse en évolutions, et donc restreindre la surface de développement des services des OTT. L’intérêt est commun et d’intérêt général, mais ce serait passer pour un khmer rouge vis-à-vis de certains dogmatiques de la concurrence totale sans nuance que de dire que les mécanismes concurrentiels doivent intégrer cette vision de croissance d’intérêt général où chacun doit pouvoir y trouver des marges de développement, sinon on finit par aller in fine et contrairement à la finalité affichée, contre l’intérêt des clients (et des contribuables qui vont prendre le relais dans de conditions non maitrisées),



    - à ce titre, le système de régulation n’aide pas à aller dans le sens que vous indiquez. Ce secteur très évolutif et porteur est administré, les diverses directives qui définissent « ce qui est bon pour les opérateurs, pour les clients, pour les contribuables », finissent par devenir un frein au développement et à l’ouverture, cf article : élec, télécom, régulation positive ou régression ? : http://lecercle.lesechos.fr/entreprises-marches/high-tech-medias/221133847/electricite-telecom-regulation-positive-regression, ou télécom, le grand jeu de dupes : : http://lecercle.lesechos.fr/entreprises-marches/high-tech-medias/221133430/marche-telecom-grand-jeu-dupe,



    - la culture nationale n’est pas orientée dans ce sens vertueux : contrairement aux PME et entreprises allemandes qui « chassent en meute », le tissus industriel français est parcellisé, sans liens suffisamment constructifs. Un sous traitant est un fournisseur à prix plancher, la tendance est certes au moindre coût et prix (le client n’a pas de scrupule), mais un fournisseur doit être avant tout considéré comme un partenaire qui travaille dans l’intérêt commun de réussir. Il faut travailler ce volet (ministère de l’industrie, CCI..).



    - les ouvertures que vous préconisez sont possibles et majeures pour que le développement soit global. A noter cependant que les évolutions des normes qui tendent à rendre les services indépendants des divers réseaux supports (NGN, IMS) ont tendance à renforcer le cloisonnement horizontal en première approximation, mais il appartient aux opérateurs d’investir encore plus la couche service pour développer la valeur ajoutée, en élargissant le champ de vision tel que vous l’indiquez. Le terminal mobile non seulement sait lire les flahcodes, les codes barre, mais aussi sert maintenant à ouvrir les portes de voiture, le potentiel de développements de services est immense.

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