Fin du Flash sur les mobiles ou la chronique d'une mort annoncée
Business -
En annonçant l'abandon du développement de nouvelles versions de Flash pour mobile, Adobe a reconnu HTML 5 comme futur standard pour la création de contenus pour mobiles. Coup de tonnerre dans l'écosystème ? Plutôt la chronique d'une mort annoncée. Réactions croisées de Christophe Léon (Pure Agency), Ouriel Ohayon (Appsfire) et Xavier Paulik (Tiki Lab's).
Businessmobile.fr - L'annonce d'Adobe s'explique-t-elle par la fragmentation d'Android et l'impact de Flash sur les performances des terminaux mobiles ?
Christophe Léon, Pure Agency - Pour moi c'est clairement LE point. Le souci de portabilité que nous avons dans le développement d'applications Android devait être le même pour Adobe. Le coût ne pouvait plus être supporté par Adobe, surtout que le gros de l'activité mobile est encore aujourd'hui sur iOS. On peut parler de décision pragmatique, Steve a fini par gagner ...
Ouriel Ohayon, Appsfire.com - La technologie Flash est très gourmande en ressources. Elle a été conçue pour interagir avec une souris, pas avec des interfaces tactiles. Quiconque a utilisé un service en Flash sur une interface mobile a été déçu par ses performances. Cette technologie était donc condamnée à disparaitre. Il aura fallu quelques années à Adobe pour le reconnaitre. Apple l'avait compris des le début.
Xavier Paulik, Tiki Lab's - Ce choix s'est certainement imposé par la réalité et la différence qui s’atténuait entre les résultats obtenus par HTML5 et avant lui les framework Javascript évolués type jQuery, et l’impossibilité pour Adobe de convertir sur mobile compte tenu des résistances de Apple qui lui a porté un coup fatal en ouvrant la porte à d’autres voies (applications natives et Web Apps)
Quelle sont les conséquences pour les développeurs ?
Christophe Léon, Pure Agency - Aucune. Aujourd'hui je ne crois pas qu'il existe une seule agence mobile qui utilise la technologie flash dans ses développements. Pour nous c'est soit natif, soit natif + HTML5. Nous avons entamé le virage du HTML5 il y a déjà plusieurs mois maintenant, et nous ne regrettons pas notre choix.
Ouriel Ohayon, Appsfire.com - Adobe va proposer de nouveaux outils plus adéquats a la communauté des développeurs pour migrer leur création en Flash et pour concevoir des services adaptés aux terminaux de demain. Les conséquences sont relativement mineures car depuis des années, les développeurs mobiles conçoivent des applications mobiles natives ou web sans Flash. Adobe peut juste mieux accompagner ce mouvement.
Xavier Paulik, Tiki Lab's - Cela dépend du type de développement qui est réalisé. Cette annonce va amplifier le phénomène déjà engagé de désaffection des développeurs de «casual games » vis à vis cette plateforme vers le HTML5 ou les applications natives mobiles, comme a si bien réussi à le faire Apple et maintenant Android. L’impulsion qui va être donnée à HTML5 sera peut-être un élément déterminant dans la « guerre » technologique entre application native ou Web App. On risque de voir un afflux massif d’applications web HTML5 au moment ou les premiers webstores d’envergure apparaissent sur toutes les plateformes (Chrome Store, sur Apple également, etc...)
En revanche cela pourrait avoir des conséquences sur le monde des designers largement acquis à Flash et qui risquent de perdre un outil précieux si le format et l’atelier logiciel lui-même était progressivement abandonné. Mais on peut compter sur Adobe pour résister sur cette partie pour laquelle il est encore inégalé.
N'est pas-il pas trop tôt pour se tourner vers Air et HTML 5 ?
Christophe Léon, Pure Agency - Aujourd'hui nous nous tournons vers le HTML5 qui est plus mature sur le mobile que sur le web. Cela nous permet de créer notre fameux "wahoo effect"
Ouriel Ohayon, Appsfire.com - Pas du tout même si pour de nombreuses années encore, l'essentiel des applications seront natives. Les applications non natives, crées en HTML5 représentent une alternative au modèle des applications natives mais il est aujourd'hui aventureux de ne lancer qu'une application HTML5 car il n'a ni recette pour monetiser et distribuer efficacement ces Apps.
Xavier Paulik, Tiki Lab's - Il n’est pas trop tard pour se tourner vers HTML5. Les compétences sont encore rares sur le marché mais cette annonce va certainement accélérer son adoption car elle le légitime définitivement y compris vis à vis des développeurs qui restaient attachés au Flash. D’ailleurs Adobe annonce s’engager résolument vers cette voie et son atelier logiciel reste le plus complet du marché pour ce qui est de la génération multi-plateformes. Il faut donc parier que la version de Flash qui va permettre de générer facilement du HTML5 est certainement déjà développée. Et depuis 10 ans, aucun concurrent sérieux n’est apparu pour permettre à des designers non développeurs de créer des animations graphiques de qualité et simplement.
Le cas de Air est plus difficile à prévoir. Sur le plan technique c’est un choix très intéressant, mais jusqu’ici il n'a pas eu la portée qu’a eu le Flash traditionnel
Quelles sont les conséquences pour l'attractivité d'Android ?
Christophe Léon, Pure Agency - Pour moi c'est un épiphénomène. Effectivement ça va couper une partie du web dit "classique" des prochains terminaux Android, mais des milliers d'applications sont développées chaque jour pour venir palier ce manque. Et les gros sites du web utilisent de moins en moins de Flash sur leur site (Dailymotion, Youtube, etc).
Ouriel Ohayon, Appsfire.com - Android était déjà attractif et populaire sans le Flash. Poussé par les opérateurs et les constructeurs, il jouit d'une forte part de marché parce mais son défi est ailleurs : les profits ne sont pas aux rendez vous. Avec 4% de part de marche, Apple détient plus de 50% des profits du secteur. Les développeurs d'applications Android ont également du mal a monétiser leur service. Pour être réellement attractif pour les développeurs, Android doit disposer d'un OS de meilleur qualité et d' une capacité a monétiser plus significative.
Xavier Paulik, Tiki Lab's - Cette annonce n’aura pas de réelles conséquences pour l’attractivité d’Android. Tout au plus légitime-t-elle les iPhoniens qui faisaient de la résistance, mais on ne peut pas à mon sens considérer que la seule lecture du Flash était un élément déterminant dans le choix d’Android
Adobe ne joue-t-il pas gros dans cette affaire ?
Xavier Paulik, Tiki Lab's - Ce qui est plus inquiétant pour Adobe c’est de savoir s’ils vont conserver leur leadership tout court - dans la dynamique engagée où on développera d’abord pour mobile et tablette, c’est le socle même de Adobe qui est menacé.
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Réagissez - 3 commentaires
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En fait, je me rappelles que le mois dernier Adobe a dévoilé ses "Touch Apps" qui sont sensées faire la même chose que flash mais sans ses défauts ! Je me pose donc cette question : l'abandon de flash n'est-il pas dû aussi à cela ?
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[1 commentaire] 22 mai 2012
