Christophe Lefort, dg de RIM France : "Windows Phone devant les BlackBerry, nous n'y croyons absolument pas"
Interview -
Traversant une période difficile (parts de marché en baisse en Amérique du Nord, panne mondiale), en pleine transition technologique, le directeur général français du fabricant répond aux questions de BusinessMobile.fr
La situation est compliquée pour RIM, le fabricant des Blackberry. Outre une panne qui a sérieusement écorné l'image de robustesse du fabricant, le canadien est aujourd'hui confronté à une concurrence acharnée sur le marché des smartphones.
Si sa base d'utilisateurs a bondi de 40% en un an (à 70 millions), le canadien perd rapidement des parts de marché, notamment en Amérique du Nord où il était autrefois leader, provoquant la fronde de ses actionnaires.
Ainsi, aux Etats-Unis, entre les mois de juin et septembre, ComScore place RIM à la 3e place mais avec une part qui plonge sous le seuil des 20% avec un recul de 4,6 points à 18,9%.
Pour autant, il ne s'agit pas d'enterrer RIM. Dans le reste du monde, ses ventes restent au beau fixes et les nouveautés annoncées sont prometteuses, tant au niveau des terminaux que du logiciel avec le nouvel OS BBX.
Le canadien est donc dans une phase de transition, l'occasion pour nous d'interroger Christophe Lefort, directeur général France de RIM lors du Blackberry Innovation Forum qui a eu lieu ce mercredi à La Défense.
-Les chiffres de vente mondiaux et américains montrent une baisse sensible des parts de RIM. La faute à la concurrence ?
D'abord, il faut souligner que la majorité des chiffres fournis par les instituts se réfèrent aux livraisons pas aux ventes finales, ce qui ne reflète pas la réalité. Ensuite, nous ne nions pas les difficultés mais celles-ci ont été conjoncturelles.
Les deux derniers trimestres ont été impactés par le retard de nos nouveaux produits sous OS 7 ce qui s'est traduit par des pertes de parts de marché. C'est ce décalage qui explique cette tendance. Reste que notre base installée a progressé sur le dernier trimestre et nous progressons fortement en Europe, en Asie.
-Qu'en est-il en France, le grand public est-il désormais le levier de croissance principal ? Diverses sources évoquent une part de marché de 14% environ ?
Oui, je confirme cette tendance, avec une croissance de 1 point par mois entre août et septembre. Le grand public devient en effet un moteur de croissance fort. Mais il faut aussi prendre en compte la consumérisation des usages pour les pros. La frontière est aujourd'hui poreuse entre usage grand public et professionnel. 17% des terminaux dans les entreprises sont achetés et apportés par les salariés.
-Les annonces autour de BBX ont séduit mais ne craignez-vous pas de subir un attentisme de la part des consommateurs ?
BBX ne va tout remplacer du jour au lendemain. Il y aura peut-être un ou deux produits sous BBX en 2012 mais l'année prochaine, 80% de notre catalogue sera sous OS 7. Le gros du catalogue est attendu pour 2013, on aura ainsi passé le cap des cycles de renouvellement et BBX sera alors prédominant. Nous n'anticipons aucun risque de voir nos utilisateurs et les consommateurs attendre BBX et repousser leurs achats.
-Pour les développeurs et les entreprises, BBX va-t-il entraîner des évolutions, des changements d'infrastructure ?
Pour les développeurs, il n'y aura aucune problématique de portage. Mais pour profiter à fond du système, notamment pour les jeux, il faudra peut-être adopter de nouveaux outils. Mais à 99%, tout est transposable.
Pour les entreprises, BBX n'implique pas d'évolution de l'infrastructure comme BES (Blackberry Entreprise Server). Il n'y aura aucun impact car nous savons déjà gérer des flottes hétérogènes à travers l'outil Blackberry Device Management qui supporte déjà iOS et Android.
-La distribution est au coeur de la chaîne de valeur. Certains fabricants comme Nokia avec Microsoft vont investir des millions pour être plus visibles dans les magasins. Ne craignez-vous pas que cette offensive vous porte préjudice ?
L'important, ce n'est pas la somme que l'on met sur la table mais plutôt l'accent mis sur la formation des forces de vente. Ce n'est pas avec des millions que l'on change le marché. Notre image, c'est l'engagement, l'attachement à la marque, nous n'avons aucun problème avec la distribution.
-Certes, mais il y a bien une hiérarchie de la proposition dans les boutiques avec des fabricants qui sont systématiquement mis en avant auprès des clients. Nokia et Microsoft veulent se hisser dans cette hiérarchie ce qui pourrait mécaniquement repousser les Blackberry.
Notre proposition de valeur est forte, le consommateur le sait, la distribution le sait, on ne peut pas se passer de la proposition Blackberry en boutique ou chez les opérateurs. Ce n'est pas une question de volume. Sans vouloir être arrogant, nous sommes incontournables même si la façon de vendre a effectivement beaucoup changé lors de ces dernières années.
Par ailleurs, nous tissons des liens très étroits avec les distributeurs. Nous sommes présents dans 4000 boutiques et nous visitons 10% d'entre elles tous les jours. Ainsi, tous les mois le réseau est visité. Ca permet de maintenir le lien.
-Certains analystes comme Gartner estiment que la croissance de Windows Phone, notamment grâce à Nokia, se fera principalement sur le dos de RIM. Qu'en pensez-vous ?
C'est un nouveau duo et on regarde ça de près. Mais de là à nous prendre des parts de marché, nous n'y croyons absolument pas. Nous sommes très sereins. Les observateurs qui enterrent RIM vont un peu vite en besogne.
-Depuis un certain temps, vous communiquez moins auprès des entreprises, votre coeur de cible.Est-ce un changement de philosophie ?
Non. En fait, nous sommes le seul fabricant de mobiles à communiquer envers les entreprises. Mais c'est vrai que les dernières campagnes étaient orientées mass-market. Aujourd'hui, les campagnes se focalisent sur l'usage, le service, des thèmes qui visent à la fois le grand public et les entreprises. Pour autant, nous sommes les plus légitimes sur ce sujet, nous sommes les leaders sur ce marché et nous n'avons jamais autant innové pour cette cible qui évolue fortement.
-Votre tablette Playbook vise justement les entreprises mais a déçu avec des absences notables de fonctions. D'où un succès plus que mitigé.
A date, nous avons écoulé 700 000 unités ce qui est en effet en-dessous de nos objectifs. Quand nous nous sommes lancés, 80 annonces similaires ont été faites, on a été noyé et la distribution a été sous pression.
Sur l'absence de fonctions comme le service de Push Mail, ou de BBM, nous sommes également conscients d'avoir déçu. La version 2, lancée l'année prochaine, intègre toutes ces fonctions de façon native, mais aussi la prise en charge de 60% du catalogue d'Android, la gestion du BES. Nous serons en ligne.
-La panne mondiale qui a affecté les Blackberry a sérieusement écorné votre image. La compensation (100 dollars d'applications offerts) a-t-elle suffit ?
La tolérance à la panne a aujourd'hui disparu. On ne peut pas nier que l'épisode a été critique. Mais les retours vis-à-vis de cette compensation sont positifs, les applications gratuites sont téléchargées en masse. Nous avons fait une autopsie de ce qui s'est passé et nous serons très transparents sur la question.
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Réagissez - 4 commentaires
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"Windows Phone devant les BlackBerry, nous n'y croyons absolument pas"
c'est sur ! il suffit de regarder la chute prononcée des ventes de RIM et celle, plus légère, de montée de WP7 pour comprendre qu'un jour elles vont finir par se croiser. Ce jour là ce monsieur aura prouvé sa totale imcompétence. -
"A date, nous avons écoulé 700 000 unités". Aaaargh. Arrêtez avec cette expression laide.
C'est vraiment un tic pénible que prennent tous les consultants. "Aujourd'hui" est-il donc si difficile à écrire?
http://www.btb.gc.ca/btb.php?lang=fra&cont=849 -
Et bien pour moi , RIM apporte aux professionnels ,ce qu'ils cherchent à savoir un Smartphone , et non une mini tablette communiquante , avec des caractéristiques correctes , et une autonomie à la hauteur .
A l'encontre des 8 Android et 2 WP7 de cette année , mon nouveau BB9900 et Playbook , sont un couple bien plus abouti , bien plus cohérent , comme Iphone et Ipad , presque tous les deux parfaits.
Et ce n'est pas l’hétéroclite parc d'Android avec des tablettes insipides , sauf la Tab de Samsung , mais dont la cohérence n'est pas prêtre d'y être , la fragmentation est de mise et a mon avis pour longtemps , peut-être la raison du rachat de Motorola par Google ? -
rien que dans ma boutique on vend un WP7 tout les 3 mois, ca n'est pas demain que ca va changer. comme il le dit, ils peuvent mettre autant de millions qu'ils desirent, si une boutique n'est pas formee sur l'OS de microsoft leur pub ne servira a rien. de plus nokia a perdu en credibilite avec tout leur retour SAV, c'est fini l'epoque du 3310. RIM a encore un long chemin et dans ma boutique nous en vendons minimum 1 par jour (dans les jours creux). Blackberry sera toujours demande mis a part pour les moutons qui ne suivent que les systemes android ou IOS croyant que ce sont des smartphones alors qu'ils ne restent que des produits multimedia
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